La cour des Virdenheim
La grande
maison située au n°10 de la rue Berthe Molly, bien que ne possédant pas de caractéristiques architecturales très originales, est néanmoins restée célèbre en raison d’un de ses illustres locataires. En effet, le philosophe et penseur Voltaire y séjourna en 1753. La propriété appartenait encore à Hans Ulrich Goll.
L'appartement du rez-de-chaussée, où il a logé durant une dizaine de mois, a conservé ses grilles en fer forgé du XVIIIe siècle sur les deux fenêtres de gauche.
Précisons que cette ancienne demeure appartenait autrefois à une famille de nombre du XVe siècle, les Virdenheim. Puis en 1457, ce fut l'écuyer Burkard von Hergheim qui devint le propriétaire des lieux. 
En pénétrant dans la cour, vous pourrez apercevoir deux triples fenêtres richement décorées sur la maison à colombages de gauche.
Mais que venait donc faire Voltaire en ces lieux. ? Pour le comprendre, il faut plonger quelque peu dans la biographie du philosophe. On y apprendra notamment qu’en 1749 mourut sa grande amie et vraisemblablement celle qu’il aima le plus. Profondément affecté par cette mort il décida de répondre favorablement à l’invitation du roi de Prusse, Frédéric II.
Le voilà donc parti pour la Prusse où il retrouve ce roi philosophe particulièrement non-conformiste. Nommé chambellan à sa cour de Potsdam, Voltaire se rendit ensuite à Berlin où il demeura trois ans, jusqu’à ce qu’une stupide querelle mette un terme à leur relation. Voltaire se vit contraint de quitter l’Allemagne. Mais il ne put rentrer en France, en raison du scandale provoqué par l'édition pirate de son Abrégé de l'Histoire Universelle.
Après un bref séjour à Strasbourg, il choisit de se rendre à Colmar, point limitrophe de l'Allemagne et de la Suisse, où il pouvait attendre tranquillement le résultat des démarches entreprises par Madame Denis, la fille de la sœur de Voltaire. Elle tenta de s’assurer s'il y pouvait revenir sans trop déplaire au gouvernement.
Mais Colmar ne semblait pas être au goût de Voltaire. Ainsi il écrivait au Comte d’Argental, le 29 octobre 1753 : « Je reste à Colmar et j’y travaille à cette maudite « Histoire Générale » qui me tue. Je me sacrifie à ce que j’ai cru un devoir indispensable. » Dans la même lettre, il disait un peu plus loin « Je reste dans une vilaine maison d’une petite vilaine ville, où je souffre nuit et jour ». 
Le 7 novembre il écrivit une lettre à la comtesse de Lutzelbourg dans laquelle il se lamentait en ces termes « Qu’ai-je été chercher à Colmar ! Je suis malade, mourant, pouvant ni sortir de ma chambre, ni la souffrir, ni capable de société, accablé, et n’ayant pour toute ressource que la résignation à la Providence ».
Au mois de février de l’année suivante, il fit part de son indignation et de son aversion pour Colmar à M. De Paulmy dans une lettre dans laquelle il disait : « Quoique je ne sois pas sorti de mon lit ou de ma chambre depuis cinq mois, je ne suis pas moins enchanté de
votre Haute-Alsace ; on y est pauvre, à la vérité, mais l’évêque de Porentruy a deux cent mille écus de rente, et cela est juste. Les jésuites allemands gouvernent son diocèse avec toute l’humilité dont ils sont capables. Ce sont des gens de beaucoup d’esprit. J’ai appris qu’ils firent brûler Bayle à Colmar, il y a quatre ans. Un avocat-général, nommé Muller, homme supérieur, porta son Bayle dans la place publique, et le brûla lui-même ; plusieurs génies du pays en firent autant. »
En 1755, Voltaire s'installa près de Genève, dans son domaine des Délices, puis à Ferney. Il y débuta une nouvelle vie en tant que propriétaire gérant parfaitement sa terre sans pour autant délaisser les plaisirs de la société.